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Symboliser

Les significations symboliques sont au fondement de tous les rituels. Le culte catholique n’échappe pas à ce principe qui suppose une compréhension du sens des actions entreprises et des objets activés par les différents acteurs du rite. C’est là tout le propos de la littérature liturgique, qui s’est efforcée depuis le Moyen Age de donner une explication symbolique aux objets et à leurs usages au sein du rituel, afin de leur donner un sens, intelligible pour les officiants et les fidèles. Ainsi, si toute la messe est comprise comme une réitération du sacrifice du Christ, les vases sacrés contribuent à rejouer symboliquement le dernier repas du Christ. Mais encore, chacun d’eux s’est vu doté d’une signification qui en légitime le sens et l’usage. Par exemple, selon certains commentateurs médiévaux, le mot patène viendrait du verbe patere signifiant « être ouvert » comme un cœur large et ouvert.

Il en va de même des vêtements liturgiques, dont les origines, les formes et les significations se sont vues définies par un large pan de la littérature liturgique. Ainsi, bien que le costume du clergé ait une origine laïque, on lui a attribué un fondement religieux, biblique et allégorique. Ce symbolisme a permis de conférer une signification à chaque couleur, à chaque forme, à chacun des 7 vêtements du prêtre, représentant les 7 vertus. C’est ce dont témoignent encore les paroles d’ordination (« recevez cet habit sacerdotal qui représente la charité… ») ou les prières récitées par le prêtre au moment de se vêtir de chacun des éléments de son costume pour la messe :

Quand l’amict est placé sur sa tête, il dit :

Impone, Domine, capiti meo galeam salutis, ad expugnandos diabolicos incursus.
(Placez sur ma tête, Seigneur, le casque du salut, afin de résister aux assauts du diable.)

Quand il revêt l’aube :

Dealba me, Domine, et munda cor meum; ut, in sanguine Agni dealbatus, gaudiis perfruar sempiternis.
(Purifiez-moi, Seigneur, et purifiez mon cœur; de sorte que, étant blanchi dans le sang de l’Agneau, je profite de la récompense éternelle.)

Quand il se ceint du cordon :

Praecinge me, Domine, cingulo puritatis, et extingue in lumbis meis humorem libidinis; ut maneat in me virtus continentiae et castitatis.
(Entourez-moi, Seigneur, de la ceinture de pureté et éteignez mes désirs charnels; de sorte que la vertu de la continence et de la chasteté demeure éternellement en moi.)

Etc.

Toute la gamme des vêtements liturgiques, différentiables par leur forme et leur décor, est aussi au service d’un symbolisme social, dans la mesure où elle permet de mettre en évidence et d’identifier la hiérarchie des clercs. La chasuble est le vêtement du prêtre, la dalmatique est celui du diacre, la mitre indique l’évêque, etc. Ce n’est à cet égard pas un hasard que les clercs reçoivent leur vêtement à leur ordination, sorte de rite de passage dont le vêtement constitue un symbole fort, donnant en quelque sorte raison à la maxime du pape Innocent III, devenue le proverbe célèbre : « l’habit ne fait pas le moine, mais la profession ».

Ensuite, à travers leur décor, les objets liturgiques peuvent être en eux-mêmes les supports de symboles et d’images qui appellent un décodage de leur signification iconographique . Mais  les objets liturgiques sont aussi en quelque sorte dotés d’une signification visuelle ou matérielle, liée à leur forme et leur préciosité. L’exemple du textile est significatif. Pendant la messe, l’officiant se distingue des fidèles par son costume, visible de tous. Enfoui sous une parure scintillante, les gestes contraints par le poids, l’ampleur ou la raideur du vêtement, le corps du prêtre est métamorphosé. Son statut d’homme est dépassé : il devient un intermédiaire entre le ciel et la terre. C’est donc aussi par leurs formes et leurs matières que les ornamenta signifient : ils symbolisent la beauté divine ou évoquent l’image de la Jérusalem céleste ; en bref, ils manifestent sur un mode sensible la sacralité de ce qu’ils ornent.

Les objets liturgiques ne sont donc pas seulement efficaces par leur fonction, mais aussi par leurs valeurs matérielles, symboliques et artistiques.