Skip to content Skip to main navigation Skip to footer

Œuvre d’art ou objet du culte ? Statut et fonctions des objets liturgiques au sein du rituel

Devant la beauté de certains objets liturgiques, on en vient à oublier qu’ils étaient utilisés et manipulés dans un contexte rituel. C’est bien le paradoxe des objets liturgiques aujourd’hui : si la plupart de ces objets datant du moyen âge et des temps modernes ne sont plus en usage, ils perdent leur caractère d’objet « sacré » au profit de leur valeur esthétique et historique. Or c’est au croisement de leur fonction utilitaire, esthétique et symbolique que l’on peut pleinement comprendre le sens de ces objets.

Servir le rituel

Avant d’être des œuvres d’art, les ornements liturgiques sont d’abord des objets utilitaires : ils répondent à une fonction à laquelle ils sont soumis. C’est bien là la spécificité des arts dits « décoratifs » dans lesquels l’histoire de l’art les a rangés.

Toute la panoplie des objets liturgiques répertoriés ici répond à une fonction et un usage bien particuliers. Ainsi, le calice contient le vin consacré de l’eucharistie, les burettes contiennent l’eau et le vin non consacrés, le chandelier supporte le cierge, la patène reçoit l’hostie pendant la messe, l’ostensoir protège tout autant qu’il montre l’hostie consacrée, etc. Il en va de même des textiles à usage liturgique : l’antependium couvre et décore le devant de l’autel, la bourse de corporal contient le corporal, ce dernier sert de support à la patène et au calice et permet de récupérer les miettes de pain qui seraient tombées hors des vases sacrés, la chasuble couvre, orne, protège et distingue le prêtre, etc. Telles sont donc les fonctions de la plupart de ces objets : celles de contenir, porter, ranger, protéger ou cacher, celles de montrer, éclairer, exposer voire d’exhiber, ou encore celles d’orner, de distinguer ou d’identifier. Autrement dit, ces objets changent la nature d’une chose en permettant une autre appréhension de cette chose.

Telles sont donc les fonctions de la plupart de ces objets : celles de contenir, porter, ranger, protéger ou cacher, celles de montrer, éclairer, exposer voire d’exhiber, ou encore celles d’orner, de distinguer ou d’identifier. Autrement dit, ces objets changent la nature d’une chose en permettant une autre appréhension de cette chose.

Ces objets sont à ce titre dotés d’une réelle valeur performative au sein du rite : ils n’accompagnent pas seulement le déroulement de la célébration, ils permettent aussi la réalisation de l’ensemble des actions rituelles (prier, chanter, lire, prêcher, offrir, encenser, voir, etc.). Pour le dire autrement, ils ne sont pas simplement mis en action au sein du rituel (soulevés, dévoilés, baisés, transportés, etc.), mais ils en sont des acteurs indispensables. De même, ils font agir et ré-agir le célébrant et les fidèles à travers une palette d’émotions et de stimuli sensoriels (voir, éblouir, entendre, retenir l’attention, sentir, etc.). Ils sont en somme les outils indispensables du rituel, les ornamenta sacra comme le disent les textes depuis le Moyen Age.

C’est que le terme ornamenta a tout au long du Moyen Age un double sens : celui d’équipement, servant à l’ordonnancement et au bon fonctionnement d’une chose (comme la voile du navire, l’armure du guerrier, etc.), et celui d’embellissement ou de parure, l’ornamentum dérivant du grec kósmos et ses dérivés kosmèsis, renvoyant à la fois à l’ordre issu du chaos grâce à l’action du démiurge, fondant le bon fonctionnement de l’univers, mais aussi à l’univers de la cosmétique, de l’embellissement, de la parure, du fard. Les objets liturgiques sont donc bien les « ornements du rite » car ils en assurent le bon fonctionnement, sur un mode à la fois utilitaire, mais aussi esthétique et symbolique. Que l’ornement partage un lien intime avec le rite et le culte est encore ce qui ressort de l’étymologie du mot culte, ce dernier terme dérivant du latin cultus qui renvoie également à l’idée de parer ou orner et honorer.