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Orner pour honorer

Si les ornamenta sacra sont des objets utiles, ils se doivent aussi d’être beaux, ce qui les distingue des objets usuels : ce sont des « ornements ornés ». La préciosité et la finesse des matières, leur brillance, leurs couleurs éclatantes, leurs images, ou encore les formes amples ou raides des vêtements, toutes ces déclinaisons du luxe tranchaient alors nettement avec la réalité quotidienne, avec l’espace-temps des hommes, donnant un avant-goût du monde céleste.

Les qualités sensibles exceptionnelles de ces objets ne sont dès lors pas gratuites. Les ornamenta manifestent et augmentent sur un mode sensible la sacralité de ce qu’ils ornent, à savoir de la matière sainte, du célébrant, du sanctuaire et du culte d’une manière plus générale : le ciboire manifeste la sacralité du pain transformé en corps du Christ, le calice celle du vin en son sang, la chasuble fait du prêtre un représentant de Dieu dans l’église, et ainsi de suite. En fonction de leur position dans le lieu ecclésial, ils agissent comme des marqueurs visuels des seuils de sacralité qui signalent symboliquement la communication avec le ciel.

Car au final, c’est bien la relation avec Dieu que ces objets sont censés manifester de manière visible. La richesse des matières est d’ailleurs souvent justifiée comme louange ou honneur à Dieu dans la Bible et la littérature ecclésiastique ; et leur éclat est compris comme une expression de la lumière divine. Les ornamenta manifestent l’invisible sur un mode visible, ils favorisent la relation avec le divin et fonctionnent ainsi comme des médiations ou des connecteurs divins.

Ces qualités sensibles en font des objets qui s’adressent d’abord à la vue du spectateur. Mais l’expérience esthétique à laquelle ils donnent lieu n’est pas seulement visuelle, elle est aussi tactile, olfactive et auditive, le terme d’esthétique étant ici à comprendre au sens premier d’aesthesis ou d’expérience sensible.