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Objets transformés et bricolés

Loin d’être figées, les formes et les fonctions des ornamenta sont mouvantes et multiples. Nombreux sont les témoignages écrits et les traces matérielles lisibles sur les objets eux-mêmes qui nous renseignent sur leurs transformations au cours du temps et sur la porosité des typologies – un objet pouvant servir plusieurs fonctions différentes, comme par exemple cumuler la fonction d’un ciboire (conservation de l’hostie) et d’une monstrance (exhibition pour l’adoration de l’hostie). Ces mutations de formes, de statut ou d’usages des objets résultent d’adaptations aux évolutions liturgiques, de nécessités économiques, matérielles ou encore esthétiques.

Les vêtements liturgiques sont particulièrement sujets à ce type de transformations. La fragilité des matières et leur usure, les souillures ou les taches d’une part, et d’autre part les adaptations des formes vestimentaires aux normes liturgiques et à l’évolution des goûts, tout cela explique les nombreuses modifications, restaurations, ravaudages ou réemplois de ces textiles dont la matière première était particulièrement couteuse. Si le vêtement est trop usé, souillé ou démodé, on le démembre en conservant les orfrois anciens qui sont investis du fait de leur ancienneté d’une certaine sacralité. Par souci d’économie, on conserve les éléments de passementerie composés de fils d’or et d’argent, de sequins, pierres, pyropes et autres matières précieuses. Quand le fond d’un ornement est usé, les broderies sont conservées et rapportées sur de nouveaux fonds, quitte à les amputer quelque peu pour les adapter aux formes plus modernes des vêtements, lesquels marquent une tendance au rétrécissement, comme l’exemplifie l’évolution de la chasuble d’une forme large et ample au Moyen Age à une forme plus courte et violonée à la période moderne.

Quant aux objets orfévrés, nombre d’entre eux ont été remaniés pour être adaptés au goût du jour, car dans ce domaine également on préfère transformer plutôt que remplacer ces objets. Il arrive fréquemment que le pied d’un réceptacle soit d’une autre époque que la partie supérieure, comme c’est le cas de cet ostensoir dont le pied présente le vocabulaire ornemental propre au maniérisme anversois tandis que la partie centrale du réceptacle se rattache au baroque ondulant de l’orfèvre Alexandre de Foulon.

Pour actualiser les ostensoirs, on remplaçait aussi fréquemment les anciennes formules de présentation de l’hostie dans un cylindre vitré par une lunule entourée de rayons, formule qui était plus au gout du jour au XVIIIe siècle. [illu Namur ostensoir de Henri Dardenne]

Par ailleurs, des objets pouvaient être dotés d’un double usage, comme c’est le cas de cet ostensoir qui émane de la juxtaposition d’un ciboire et d’un ostensoir, le cylindre vitré qui permet l’exposition de l’hostie ayant été intercalé entre la coupe et le couvercle (ciboire-ostensoir de Saint-Aubain).

Des objets en somme faits, refaits, défaits, bricolés, juxtaposés, mais aussi déplacés, exhibés, cachés, profanés, vénérés,… des objets fascinants dont les pouvoirs multiples demandent à être appréhendés sur un plan esthétique comme rituel, historique comme anthropologique, formel comme fonctionnel mais aussi à travers l’expérience sensible à laquelle ils donnent lieu, envisagée dans la troisième partie de ce site.