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Le décor des objets liturgiques

Outre les matériaux précieux dont ils sont constitués, les ornements liturgiques se distinguent des objets usuels par leur décor composé de scènes ou de symboles religieux et/ou de motifs ornementaux. Ce décor se démarque par des qualités sensibles et symboliques qui rehaussent et témoignent de la dignité propre des ornamenta tout autant que de leur fonction liturgique. Ce décor participe ainsi pleinement de leur performativité rituelle.

L’iconographie sur les objets

Les objets liturgiques sont le support d’un vaste répertoire d’images, signes ou motifs. Cette iconographie est souvent liée à la fonction liturgique de l’objet. Ainsi, calices, ciboires, patènes et ostensoirs déclinent les grands thèmes et symboles eucharistiques liés à la fonction de ces objets : la Cène, la Crucifixion, la Résurrection ou les épisodes de la Passion sont des scènes souvent représentées sur ce type d’objet, car c’est au cours de la Cène que le Christ institue l’eucharistie, c’est par sa crucifixion qu’il rachète les péchés de l’humanité et c’est par la résurrection qu’il triomphe sur la mort. Il n’est pas rare non plus d’y trouver l’image du Christ pressant sa plaie dont le sang se déverse dans un calice, symbole fort de la présence du Christ dans l’eucharistie, ou celle de saint Jean-Baptiste (dernier prophète et premier apôtre du Christ, ayant prononcé les paroles reprises au moment eucharistique : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » Jn 1, 29). Les épis de blé, les pampres de vigne, les raisins, l’agneau déversant son sang dans un calice (symbole du sacrifice du Christ), l’agneau tenant l’étendard (symbolisant la Résurrection), le pélican (nourrissant ses enfants de ses propres entrailles) ou encore les instruments de la passion sont autant d’allusions au repas eucharistique ou au sacrifice du Christ. Les anges, angelots, chérubins ou séraphins, figures par excellence de la médiation avec le divin, occupent aussi une place de choix dans le décor des vases sacrés qui sont en eux-mêmes, rappelons-le, des connecteurs divins.

N’oublions pas que la forme des objets est en elle-même porteuse d’une signification iconographique. Il en est ainsi de l’allure générale de l’ostensoir (ou monstrance eucharistique), dont certains exemplaires sont de véritables micro-architectures d’une finesse étourdissante correspondant à la sensibilité artistique du gothique tardif. Abritant le corps du Christ sous la forme de l’hostie consacrée, ces architectures sont de puissantes évocations visuelles en miniature de la maison de Dieu (c’est-à-dire de l’Église), de la Jérusalem Céleste, ou encore de l’édicule circulaire qui marque le tombeau du Christ à Jérusalem.

 Les vêtements sont eux aussi le lieu d’un vaste déploiement d’images brodées (ou peintes [lien topstuk] dans certains cas). Si les orfrois constituent le lieu privilégié des images sur les textiles, sur les pièces les plus exceptionnelles, les broderies gagnent également les fonds. Les thèmes iconographiques privilégiés s’alignent sur ceux de la peinture et des arts figurés. Parallèlement aux images des saints, identifiables par leurs attributs, les scènes de la vie du Christ (sa naissance et sa passion) et de la Vierge sont les thèmes iconographiques les plus fréquents pendant la fin du Moyen Age. Ils correspondent au développement d’une sensibilité religieuse favorisant une empathie avec la souffrance du Christ et de la Vierge. Mais on rencontre aussi des thèmes issus de l’Ancien Testament, comme l’arbre de Jessé (ancêtre du Christ figuré avec un arbre qui se déploie depuis son corps représentant la généalogie humaine du Christ). À partir de la Renaissance, les thèmes liés à la vie publique du Christ avant sa Passion ou les paraboles (Christ prédicateur ou faiseur de miracle) connaissent davantage de succès.

Étant portées sur le corps des prélats, du prêtre et des diacres, le thème de ces images reflète aussi la fonction et la dignité de celui qui le porte. Vêtement du prêtre par excellence, la chasuble accueille ainsi surtout des scènes de l’histoire sainte tandis que la croix dorsale est le lieu privilégié de la représentation du Christ en Croix, rappelant ainsi ostensiblement que le prêtre célèbre in persona Christi. Rêvetir la chasuble équivaut en effet à revêtir le corps du Christ, comme le soulignent les prières de vêture. Cette assimilation du Christ avec le prêtre est encore renforcée par les gestes de l’officiant lors de la messe, comme l’illustrent fréquemment les tableaux représentant la messe de saint Grégoire. Quant à la dalmatique – vêtement du diacre –, elle est plus volontiers le support d’une iconographie des saints auxquels on identifie le diacre, comme les saints diacres (Laurent, Etienne ou Vincent). Enfin, d’une manière générale, le répertoire des saints fréquemment figuré sur tous ces vêtements est lié à la famille religieuse auquel le vêtement est destiné et/ou au commanditaire.