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L’autel au Moyen Age : une approche mystérielle et sacralisante

Au Moyen Age, l’édifice religieux se présente comme un espace fortement polarisé : il contient le sanctuaire, l’espace le plus sacré de l’église destiné à la célébration, et la nef qui est l’espace des fidèles, destiné à la diffusion de la parole.

Réservé au clergé et aux chanoines, le sanctuaire est articulé autour de l’autel ; il est occupé par les bancs pour les célébrants, il contient le retable et les reliques (souvent surmontées d’un dais pour manifester leur présence depuis la nef). Au Moyen Age, l’autel est la table du sacrifice du Christ. Il est un lieu de célébration temporaire et les objets sacrés y sont déposés pour l’office seulement.

Si l’autel n’est donc pas le lieu de la présence eucharistique permanente pendant le Moyen Age, il est le pôle le plus sacré de l’édifice, auquel le fidèle n’accède que par un regard indirect et filtré par une succession de clôtures. Il est ceint de courtines ou voiles, tirées lors de la consécration, qui font disparaitre l’autel et le célébrant. Le sanctuaire est par ailleurs lui-même généralement clos par un jubé ou une grille qui sépare l’espace des chanoines et du clergé de l’espace des fidèles. S’offrant tantôt comme une clôture visuelle à l’espace des laïcs, tantôt comme un cadre de protection pour les chanoines qui occupaient le sanctuaire permettant le recueillement et l’accomplissement des offices sans être incommodés par la présence des fidèles et célébrations dans la nef, le jubé sert aussi de tribune de proclamation des évangiles et abrite des autels secondaires. Par sa porte qui autorise un passage, il marque un seuil de sacralité dans le sanctuaire. Dans la nef, l’espace est encore occupé par une succession d’autels secondaires, avec les objets de dévotion qui leurs sont associés.

Au sein de l’espace compartimenté des églises médiévales, le degré de sacralité augmente à mesure qu’on avance vers l’autel, auquel on accède par un jeu de voilement et dévoilement, favorisant une approche mystérielle qui évoque le « saint des saints » du temple de Jérusalem, dont la vision n’était réservée qu’au grand prêtre.

Depuis le début de l’ère chrétienne, le lieu de la conservation permanente de la Sainte Eucharistie varie car il répond aux évolutions des besoins liturgiques et dépend des moyens des paroisses. Si dans les premières basiliques chrétiennes, les hosties consacrées sont conservées dans des pyxides rangées dans un petit édifice en hors œuvre (sacrarium), au Moyen Age se développe l’usage des tabernacles muraux avec porte ajourée (armarium), parallèlement à la vogue des tourelles eucharistiques monumentales qui perdure jusqu’au XVIIe siècle. Dans les édifices les plus prestigieux, il faut aussi noter la présence d’une suspense eucharistique, sorte de ciboire (qui peut prendre la forme d’une tour ou d’une colombe) exposé à la vue des fidèles au-dessus de l’autel certains jours seulement, quand elle n’est pas voilée par une pièce d’étoffe précieuse (ou pavillon). Plus qu’une réserve eucharistique à proprement parler contenant les hosties destinées à être distribuées aux fidèles, la suspense a pour rôle de manifester visuellement la présence de l’eucharistie comme médiation entre l’homme et Dieu.