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L’autel après le Concile de Trente : une liturgie du voir

Après le Concile de Trente, la principale nouveauté est la centralité et la visibilité de l’autel, lequel devient le lieu de la manifestation de la présence réelle car il abrite désormais le tabernacle qui contient la matière sainte. À la fin du XVIe siècle, cette voie empruntée par la Réforme catholique est celle d’une mise en scène spectaculaire du culte eucharistique : toutes les lignes de fuite de la scénographie et tous les regards doivent converger vers ce point focal de la liturgie.

Pour favoriser une expérience plus profonde et personnelle de la foi, en phase avec les idéaux de la Réforme catholique, l’Église met en place des stratégies qui encouragent la participation des fidèles aux offices. Pour ce faire, les sanctuaires nouvellement construits développent un espace unifié et décloisonné, autorisant une vision parfaite du maître autel depuis tous les points de l’édifice et une audition optimale des prédications dans la nef.

Quant aux anciennes églises – et notamment les cathédrales qui présentaient un espace fortement polarisé et segmenté –, elles sont peu à peu transformées pour répondre à ces exigences, même si les transformations n’ont lieu que bien plus tard dans certains cas. Dans la plupart des cas, c’est un nouveau mobilier liturgique qui concrétise cet idéal de participation : dans le sanctuaire, on érige des autels en marbre, des baldaquins, des gloires, des retables monumentaux. Dans la nef, les chaires à prêcher permettent la diffusion de la parole, tandis que l’intersection entre ces deux espaces se fait plus floue : les bancs de communion remplacent les jubés permettant de rapprocher visuellement les fidèles du chœur tout en les maintenant à distance.

Les objets liturgiques participent à cette théâtralisation de la liturgie, désormais visible de tous. Ainsi, les calices et les ciboires acquièrent-ils des proportions et un décor plus imposants. L’importance du ciboire est matérialisée visuellement par un couronnement en forme de gloire ou de couronne, expressions d’une Église victorieuse et puissante. Quant aux vêtements liturgiques, ils concourent aussi à la mise en place d’une scénographie du sacré : les images figurant la vie des saints sur les orfrois brodés font désormais place à un décor plus ornemental lisible de loin.